Reconstruire et penser la paix en 1945Le monde au lendemain de la Seconde Guerre mondiale18 févr. 2010 Alexandre Ayza Palacin
La Seconde Guerre mondiale a profondément marqué la civilisation occidentale ainsi qu'une partie de l'Asie. Quels ont été ses dommages et surtout les remèdes employés ?
Lorsque le Japon capitule le 2 septembre 1945, suite aux terribles bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki en août, le monde sort de 6 ans d'une guerre incroyablement destructrice. Le choc est tout d'abord matériel et humain, avec la destruction de dizaines de villes et la mort de près de 60 millions de personnes (6 fois plus que la « Grande Guerre » de 14-18). L'URSS est même victime du tiers des dégâts humains et de la moitié des pertes matérielles enregistrées. A la destruction des usines, des routes, des ponts, des lignes de chemin de fer et des gares s'ajoute une production agricole devenue vacillante et qui chute de 30 à 70% dans les pays concernés par les affrontements. Pratiquement partout, le PIB (produit national brut) chute ; l'Italie (-39%), la France (-46%) et surtout les deux grands perdants que sont le Japon (-70%) et l'Allemagne (-71%) sont sévèrement touchés. Un choc moral au lendemain de la Seconde Guerre mondialeMais le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale est aussi moral. Effectivement, les forces alliées vont peu à peu découvrir les horreurs perpétrées dans les camps de concentration et d'extermination. La Shoah (ou désastre en hébreu, qui s'applique au génocide juif) devient alors une réalité, ayant tué 5 à 6 millions de personnes. Les effroyables expériences médicales (notamment sous l'égide du docteur Josef Mengele) sont également découvertes, mettant à jour des opérations inhumaines sur les jumeaux, les nains ou les malformés. Le procès d'après-guerre, se déroulant à Nuremberg (ancienne ville stratégique pour le régime nazi), crée une nouvelle notion juridique : crime contre l'humanité. Ainsi, Goering, von Ribbentrop et tous les ministres et personnes importantes sous le régime d'Hitler sont condamnés à mort, sauf Schacht (ministre de l'Economie), Hess et von Papen (anciens chanceliers), qui sont acquittés ou subissent une simple condamnation. L'emploi de la bombe atomique a profondément marqué les générations ayant vécues la fin de la guerre. Des intellectuels ou des artistes, tels que Jean-Paul Sartre ou Albert Camus, expriment leur désarroi face à une humanité qu'on a bafouée. Un nouvel ordre économique et financierLes accords Bretton Woods (Etats-Unis), en juillet 1944, fixe les grandes lignes du système financier d'après-guerre : la parité fixe est instaurée, il est décidé que les monnaies sont gagées sur l'or ou sur des monnaies convertibles avec le précieux métal. A la suite de ces accords la Banque mondiale et le FMI (Fond Monétaire International) voient le jour. Ce dernier vise à stabiliser l'économie mondiale. Les États-Unis, possédant 75% de l'or mondial, s'en tirent une fois de plus très bien, après avoir relativement évité les pertes liées à la guerre. Le menace soviétiqueLa conférence de Yalta (Russie), en février 1945, permet à Churchill, Roosevelt et Staline de régler les modalités d'après-guerre. De cette réunion géostratégique, axée notamment sur le sort réservé aux Allemands, le leader soviétique demeure le grand gagnant. Restant évasif quant aux frontières de sa nation à l'Ouest, où ses troupes se sont nettement avancées, il reste également vague sur les élections qu'il mettra en place dans les pays qu'il a libéré. La peur de la contagion communiste est alors très forte en Europe occidentale. Durant les mois de juillet-août de cette même année, a lieu la conférence de Potsdam (Allemagne), dont le principal objectif est de traiter de l'Allemagne déchue et décider sa punition. Suite à cette conférence, elle est désarmée, elle doit payer des réparations et bien entendu être dénazifiée. L'empire soviétique s'étend désormais aux portes de l'Allemagne, officiellement en attendant les futurs traités de paix. Justement pour prévenir tout nouveau conflit, l'ONU (Organisation des Nations Unies) est mise en place en cette même année 1945. On peut en conclure que ce traumatisme gigantesque a été bien digéré par les acteurs de la Seconde Guerre mondiale. L'Allemagne, dans un souci d'oublier ce sombre passé, œuvre de manière appliquée pour la paix. Les relents du nazisme, s'ils ne sont jamais totalement supprimés, sont devenus marginaux. Les occidentaux vont connaître une glorieuse période de prospérité, aujourd'hui consommée, tandis que l'URSS vit encore plusieurs décennies avant son inévitable implosion.
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